Madame Hôscourt, c’est la vieille commère qui ponctue de frissons la semaine de ma voisine, les jours de marché essentiellement, avec au bec un caquetage intarissable de nouvelles toutes plus anxiogènes les unes que les autres.
Ce jour du 28 mai 2008, elle vient de remporter une bataille, par le truchement d’un décret ministériel : enfin, enfin, les policiers municipaux vont avoir le droit d’électrifier les voyous qui par hordes déferlent dès le soir tombé sur nos rues innocentes malgré toutes nos précautions ! Avec tous ces étrangers, vous comprenez, on est bien obligés de se protéger…
Triomphante, Madame Hôscourt cite à ma voisine des extraits du quotidien local :
“Les villes du département, déjà à la pointe sur ce sujet, vont pouvoir équiper leurs policiers municipaux de pistolets Taser.
Les maires qui ont fait de la sécurité leur cheval de bataille se réjouissent. Dès cet été, un nouvel accessoire devrait s’afficher à la ceinture des policiers municipaux : le pistolet à impulsion électrique Taser. La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, vient de signer un décret qui autorise les 17 000 policiers municipaux de France à utiliser ce pistolet aux décharges tétanisantes, mais non mortelles, à condition qu’ils bénéficient d’une solide formation préalable.
De quoi satisfaire les maires de Seine-et-Marne classés à droite qui, dès 2005, s’étaient équipés de Taser et s’étaient trouvés obligés, par arrêté préfectoral, de les remiser aux coffres en l’absence de législation. »
Ce qui est surprenant, c’est que les futurs “armés” ont l’air moins ardents que ceux qui veulent les armer ; peut-être l’embarras du choix devant l’abondante panoplie qui est la leur : flash ball, revolver, Taser - tout ça pour 2 mains seulement …
Ou bien, le sens de leur responsabilité - en tout cas :
« Moins enthousiaste, le Syndicat national majoritaire de la police municipale (SNPM) déclare, par la voix de son vice-président, Frédéric Foncel, que « le droit d’utiliser les Taser ne figure pas parmi les priorités des agents. Ils travaillaient correctement avant que cette arme soit autorisée. »
N’importe : on voit bien QUI est au Pouvoir.
Madame Hôscourt est fière. D’ailleurs, dans ce même journal, on annonce justement que les ex-chefs policiers municipaux de Bussy, si célèbres pour leur cursus judiciaire [voir ici], viennent d’être en appel “reconnus coupables mais dispensés de peine”, les dégradations graves ayant été requalifiées en “dégradations légères”. Ce qui en fait une contravention et plus un délit. Ils peuvent donc reprendre leur place…
Aurions-nous alors un ex-futur chef de la police en plus de l’actuel, à la tête de nos 45 policiers ?
Et à leur ceinture, un ravissant Taser X 26 ?
Le Préfet a jusqu’ici, c’est vrai, refusé au maire (cet éternel persécuté) l’autorisation d’armer NOTRE police en “Catégorie 4″.
Mais cette perspective électrique va sans nul doute inciter notre inénarrable édile, toujours en quête d’innovation pour sa gestion sécuritaire, à réitérer sa demande…